mardi 11 septembre 2012

Le jour où je n'ai pas vu les tours

 
 
4h.   
Réveil intempestif du chou. Je me lève . Je suis cassée. Pas dormi dans l'avion, pas dormi en arrivant. Je compte plus les heures sans sommeil. Je compte plus rien d'ailleurs, sinon je coule.
5h.
J'entends les sirènes hurlante de la police. J'me dis, c'est bien New York...pas d'erreur. La ville trépigne. La ville nous attend. Je joue avec le chou en attendant de sortir à une heure correct.
7h .
On déboule dans la rue. Le froid me saisit. Une seule chose à faire, rentrer dans un coffee shop. Question de survie.
8h.
Ouverture de l'Empire State Building. Je veux absolument qu'Alex du haut de ses 8 mois et demi voit ça...se rapprocher du ciel, se rapprocher du soleil qui semble si loin quand on est au pied des buildings. J'imagine que c'est ma carence en vitamine D qui provoque ça en moi. J'sais pas, j'aime pas les villes en générale, les buildings encore moins. Mais New York m'hypnotise.
8h45.
Nous sommes en haut sous un ciel limpide, le soleil nous éblouit.
8h45, l'heure de l'attentat qui a choqué la planète. Ce jour là, le monde a retenu son souffle.
Je suis là, je regarde cette ville quand ma vie est en train de changer. Tout doucement, mes repères ont disparu. Tout doucement certaines de mes convictions se sont envolées.
J'étais là, en haut de l'empire state building et mon regard sur la vie était différent.
D'ici je peux voir l'inimaginable. Là, devant, le bout de Manhattan et l'horreur d'une réalité . Mes yeux restent fixe, mon cerveau se bloque. Une réflexion tourne en boucle , il manque le World Trade Center, il était juste là. Il était tout ce que je déteste. Il représentait cette course à la richesse, à la puissance. Il regardait le monde de haut, usait de son arrogance.
Les tours jumelles ont été frappées , elles ont été mise à terre.
Ce symbole à l'odeur de dollar, finalement n'était qu'un tas de béton, un tas d'acier. Ce n'était pas si gênant. Ce n'était qu'un immeuble. Finalement, je crois que tout dépend de son angle de vision.
Rien n'a changé ensuite...le tas de gravas disparaît, et la terre tourne encore, elle ne s'arrête pas...elle ne s'arrête jamais.
10h45.
A ce moment là j'ai compris...à l'heure ou se sont effondré les tours j'ai réalisée que ma vie, notre vie était importante.  
Avant nous étions seul. Avant nous n'avions pas peur. Avant l'on prenait des risques. On prévoyait tout, on prévoyait le pire. Après quelques frayeurs et mauvaises expériences, on c'était dit qu'en cas d'accident, ou d'agression  lors d'un de nos trips, on tiendrait, quoiqu'il arrive, on irait au bout de nos forces. Et puis, au fond, si l'on meurt...c pas si grave, notre âge est correct, le temps nous aura permis de voir et faire ce que l'on voulait. On pratiquait la mode "carpe diem". On en parlait pas, on l'appliquait. Faire ce que l'on veut au moment ou "on" le veut. Pas d'excuses de temps, d'argent, de travail, de convenance, de fatigue. On trouvait le moyen d'exaucer nos voeux, d'exaucer nos délires. Une espèce de liste était dressé...il fallait tout faire, tout voir. Un pacte silencieux nous soudait, nous rassurait. La mort ne serait, au pire, qu'une étape. On avait même prévu l'endroit ou jeter nos cendres. Pas de tombe, ça ressemble trop à une fin. Non, nous on veut juste le vent Islandais pour balader ce qui reste de nous.
Mais du haut de cette tour. Je nous sens si différent, si fragile, si perdu.
Aujourd'hui, Alex est là. Je regarde avec lui cette ville boiteuse.
 Pas question qu'on lui touche un de ses cheveux. Pas question pour nous de le laisser seul. Plus question d'avoir le loisir de mourir tranquille. Plus question d'avoir cette ultime liberté.
Je suis là, figée, les images du crash tournent dans ma tête.  La mort devient le pire. L'angoisse de laisser ou de perdre Alex m'imprègne.
J'entends encore les conversations téléphonique du 11 septembre. j'entends encore les "dis aux enfants .... je t'aime".
Je me souviens de ce 11 septembre.
Je suis là, et je ne vois plus les tours.

19 commentaires:

  1. Cet attentat aura marqué nos vies, nos esprit. Il faut dire qu'avant, on avait pas vraiment conscience du terrorisme. Enfin du moins, moi. J'étais si jeune, et les seuls éléments que m'évoquait le terrorisme avant, c'était le plan vigipirate et les sorties de l'école modifiées lorsque j'étais en primaire.
    Je me souviens parfaitement bien du 11/09/01, j'étais sorti plus tôt du collège, je suis rentré à pied, et mon 1er réflexe a été d'allumer la tv pour mettre les DA, mais cette fois il n'y en avais pas, et j'ai vécu l'effondrement des tours en direct. Effrayant.

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  2. Le 11 septembre, j'étais à Washington avec toute ma famille (mari et 3 enfants), nous passions une année là-bas...
    Merci pour ce billet, on a tous changé après cela : les américains ont réagi avec beaucoup de sang-froid et de dignité, on a été impressionnés.
    Aujourd'hui je pense très fort à eux, à toutes ces victimes innocentes.

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  3. j'en ai la gorge nouée, les larmes aux yeux.
    J'imagine que la vie a du prendre un tournant à ce moment là et que ces images, ces émotions, ces instants sont gravés dans ton corps, dans chaqu'un des nerfs qui parcoure ton corps.
    Et pour la suite, il n'y a pas de mot qui sortent des autres pour soulager ton angoisse, ta peur. Et je ne trouverai pas le bon mot pour finir ce commentaire.
    Sincèrement, je pense bien à vous, à tous ceux qui ont vécu une pareille expérience parce que réussir à mettre des mots dessus, c'est pas facile. Ni même de continuer, comme si tout était pareil alors que tout, a complètement changé à l'interieur de vous.

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  4. bel article :( !! et triste réalité.

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  5. Magnifique article... La 2ème partie à une autre "résonnance" en moi, ce sont un peu les réflexions que je me suis faite quand Crapouillette est née, et que mes pb de santé ont commencé... Enfin, c'est bancal ce que je dis, mais je te comprends tellement... Bises ♥

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  6. ton article est bouleversant !! et magnifiquement écrit !

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  7. Quel incroyable billet... Le seul mot qui me vient, c'est merci.

    *

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  8. MAGNIFIQUE, y a pas d'autres mots........

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  9. Tu me donnes la chaire de poule... c'est un très bel article.

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  10. c'est saisissant comme témoignage, ça donne la chair de poule ! Magnifiquement bien écrit ;)

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  11. c'est affreux que tes enfants aient eu à vivre un tel choc, j'espère qu'ils n'étaient pas assez conscients pour s'en rendre compte

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  12. Ton article est beau mais triste aussi. Ce jour on s'en rappellera toujours :(

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  13. Magnifique ce texte d'un jour si horrible :(

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  14. Pour les avoir vues 3 semaines avant qu'elles s'effondrent, je me souviendrai toujours du moment où devant mon écran, je les ai vues tomber puis disparaître en fumée :/

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  15. J'entendais à la radio : "tout le monde se rappelle de où il était ce jour du 11 septembre" et c'est vrai !!!
    Bel article
    Cette peur quand on est parent est tellement réel !!!

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  16. Magnifique article.... Oui on se souvient tous de ce jour et de ce qu'on faisait.... Le monde a changé ce jour-là, à plus ou moins grande échelle selon les individus, mais quand même....

    Et quand on devient parent, je pense qu'en effet on "perd" un peu de légèreté, et c'est tellement normal.....

    Bravo!

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